Se levait une armée plus nombreuse et plus prompte : c'était le peuple,
La foule dépourvue, ceux qui n'avaient rien à vendre, rien à regretter. Ces gars-là, ils ne craignaient ni l'horizon de la disette
Ni celui d'ennemis accoutumés à la guerre,
Ni l'ignorance des chemins ou des langues, Pas plus que les rigueurs du froid ou du désert...
La croiserie pour eux comme pour les princes était la quête du Paradis
Et comme ils n'espéraient rien des chevaliers qui se sentaient humiliés d'une telle escorte
On vit dès 1096 des nuées de ribauds et de va-nu-pieds Passer la Meuse et le Rhin aux cris de « Dieu le veut ! Ramas impur de cagots, de gargouilles et de bohémiens hideux à voir
Également redoutés des chrétiens qu'ils accompagnaient et des Sarrasins qu'ils allaient combattre. Armés de coutelas, de frondes, de fourches, de faux et de bâtons Ils marchaient sous l'oriflamme du Crucifié Et de sa vengeance.
SIBI PRAESTAT CUM INTERIT, CHRISTO CUM INTERIMIT
(Il se paie à lui-même et au Christ quand il détruit)
Hélas... cette croisade finit en eau de boudin. Les grands barons montèrent alors Une grosse équipe.