Écoute-moi encore bien que mon nom soit Personne Ici les étendues sereines désormais se vallonnent La lune tourne. L'air s’épaissit, il s'englue. Je t'appartiens mais je tremble pourtant à ta venue. J'ai cherché dans le ru boueux de ma mémoire Un frémissement familier, une clairvoyance Y plongeant mes mains vivement, trouvant son eau glacée et parmi les sombres racines, les reflets écarlates de ta présence L'été a flétri ta pierre et tes tourments. Le soleil y a martelé ses rayons des mois durant. Les herbes hautes se sont recroquevillées, tordues sous le poids de l'air. Toi, demeurant au-dessous, impassible, sens-tu l'odeur de la lumière? À l’intérieur de la terre, nos enfants regardent narquois les dernières volutes de rêve s'évaporer sombrant dans le même inconnu qui nous dévore désormais tel des oiseaux d'ombres fonçant sur leur proies.