Je suis encore là, les années défilent comme les gens devant mes yeux Mais moi je reste ici, à nager dans la danse Plus ça va, moins je pense Je suis encore coincé là, je suis toujours coincé là J’arpente mon vide en espérant y trouver un semblant de vivant La gorge nouée et le ventre serré, je déambule sans cesse entre les années Cherchant un lieu paisible où respirer ton parfum La douceur de ta voix me ramène toujours à mes propres erreurs Nos moments résonnent incessamment dans mon horizon Je ne fais que stagner au même chemin, sur le goudron chaud où se déversaient mes yeux Ton haut blanc marque encore mes rétines comme gravé au fer rouge dans ma mémoire Je tremble à l’idée d’abandonner un jour tout ce passé, comme si mon futur n’avait plus aucun autre goût que celui du revécu, que celui du rappel Alors j’me répète, j’arpente la vaste étendue que compose cette boucle mortifère de notre vécu On en a fait tomber, des océans Ils sonneront notre sauvetage lorsque nos pieds auront finalement atteint leur fond Là, j’attendrai la vie à te regarder t’enfuir, j’attendrai la lune pour qu’elle me rapporte mon soleil Je saisi l’angoisse comme boussole, je plonge mes doigts dans mes plaies jusqu’à en ressortir la lame, je plonge mes doigts dans mes traumas pour en ressortir tes armes J’ai l’impression d ‘avoir été pris à la gorge si jeune que j’en ressors tel un danseur sur le fil, maudit par sa posture balançant entre la réussite et la ruine De toute façon, je ne sais même plus écrire, je ne sais même plus lire Il me reste que l’angoisse de l’ivresse et le désir de l’oubli Mon déséquilibre se ressent un peu plus chaque jour, à me balancer entre anesthésie et explosion J’ai des clous dans mes chaussures et chaque pas laisse une marque indélébile sur mon chemin Aujourd’hui, le ciel est bleu mais le soleil est toujours aveugle Chaque rayon de lumière embrase mes souvenirs jusqu’à ce qu’ils jaillissent, brûlants sous mes yeux Je l’ai déjà dit, même les fleurs ont arrêté de pousser Je marche sans cesse sur les pétales de celles qu’on a arraché Même quand j’suis mort, j’y pense un peu Même quand je dors, je danse un peu Le temps passe, et rien ne passe Le temps passe, et plus rien ne se passe La plainte incessante qui se dégage de tout mon corps me fait me haïr sans cesse, à agiter dans le miroir le langage d’une personne qui a tout perdu Je reste prostré dans ma propre amertume, saignant inlassablement cette image de moi-même qui reflète tes couleurs Un jour finalement, je me débarrasserai de tout ce dégoût je le jetterai pour me rappeler ce qu’il s’est passé, je le regarderai, gisant sur le goudron chaud des montagnes de la fin du monde Lorsque les rires seront retrouvés et que la lumière bercera mes yeux d’un futur renouvelé, je laisserai les fleurs me conduire dans un monde loin de toi J’écarterai toute cette colère, j’abandonnerai toutes ces couleurs A travers mes propres mots, je me trouverai griffé, blessé, tuméfié, pour qu’enfin mes poumons puissent respirer, et que ma tête puisse à nouveau penser, Que mon corps ne soit plus comme un test auquel j’aurais eu toutes les réponses fausses Que de l’infini désolé se dresse enfin la figure d’une vie retrouvée Ainsi je gravirai tes montagnes sans clous dans mes chaussures, sans avoir une ancre dans le cœur, Je pourrais finalement serrer le soleil dans mes bras sans craindre de l’éteindre, Finalement étreindre l’enfant caché dans le fond de ce lac Alors même si je peine à respirer, même quand je tremble à en pleurer, j’ai toujours en vue cette ultime liberté, Pour ouvrir mes larmes et sourire aux lames, Pour saisir mes armes et m’accrocher à mon âme Que la solitude et la culpabilité ne deviennent pas mes lois, qu’elles ne deviennent jamais mes reines, Que disparaisse cette figure de toi et avec elle les souvenirs enfin apaisés d’un passé unifié Aujourd’hui j’ai décidé de surpasser cette histoire pour pouvoir voir poindre la belle lune dans le début du soir, Aujourd’hui, j’ai décidé d’arrêter, et de n’écrire cette lettre à personne d’autre qu’à moi-même.